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"Très Gouyates "
Trois jeunes cousines, sont réunies un premier soir de vacances d'été.
Chaque soir avant le coucher, la bienséance exige une prière, car c'est ainsi qu'elles ont été éduquées d'autant que les adultes y veillent encore.
Toutes trois dans la même chambre, sagement assises sur leur lit, elles tentent bien un Notre Père, mais ce soir n'est pas un soir comme les autres.
Le début de longues vacances, les retrouvailles après une longue séparation, les effluves moites d'une soirée d'été et la grande proximité des corps attisent
les braises de cette ardeur inextinguible de l'adolescence et empêchent le sommeil.
Alors une nuit nouvelle commence ; mais au lieu d'une nuit de sommeil, ce sera un feu d'artifice.
L'adolescence est une bien curieuse époque de la vie. Tout y est excès. Il semble que l'accomplissement de soi ne puisse passer que par un flirt incessant
avec la limite, la rupture, le point de non retour. Les passions s'y succèdent à une vitesse vertigineuse ;
de l'amour à la haine, de la vengeance aux remords, du dégoût à l'adulation, de la fascination à l'indifférence, de l'hystérie à la dépression et vice versa ;
la juste mesure est un territoire inconnu.
Cette exubérance, cette effervescence, à la fleur des 14 ou 15 ans, peuvent prendre
les orientations les plus inattendues, comme un vent fou.
Le pendant masculin le plus ressemblant serait les troisièmes mi-temps de rugby.
On y rencontre en effet ce même terreau d'ivresse contagieuse donnant libre cours aux effusions les plus sulfureuses, aux imaginations époustouflantes, aux
outrages des plus subtils aux plus vulgaires. Tout pouvant à chaque instant basculer vers l'invraisemblable.
Une horde sauvage dans une transe collective, à huis clos, visitant tout à tour des univers plus excessifs les uns que les autres, avec les garde fous propre au genre masculin.
Mais chez les filles, ça prend toujours des tournures plus tragiques...
Ce sont ces "accès de fièvre" féminins qui sont mis en scène ici.
" Quand on est que deux on ne s'amuse pas bien ! Ah ! si on était trois... ! "
Ainsi parlent Delphine et Marinette dans " Le loup " tiré des " Contes du chat perché "
de Marcel Aymé. Et c'est le troisième qui viendra apporter du piment à l'ensemble; comme s'il fallait être trois pour que la roue tourne .
Justement, la symbolique du chiffre trois en témoigne, à plus d'un titre; si le deux est symbole d'opposition, de conflit, de rivalité, le trois est
universellement un nombre fondamental dans la plupart des religions, spiritualités, mythes fondateurs et même en physique ou biologie moléculaire où
le trois permet le fonctionnement harmonieux des systèmes.
Il exprime "un mystère de dépassement, de synthèse, de réunion, de résolution.
Il équivaut à la rivalité surmontée et autorise alors l'énergie créatrice".*
C'est exactement ce qui se passe pour nos gouyates. Une rivalité dualiste (deux contre une) les oppose d'abord, pour les conduire jusqu'à l'inéluctable.
Finalement, la magie ternaire l'emportera et les propulsera jusqu'à une exquise synergie.
"Il existe un théâtre qui précède le texte, mais il ne s'agit pas de l'édifice de pierres et de briques, il s'agit de l'édifice constitué par le corps de l'acteur"
Gordon Craig
Il existe aussi un langage qui précède celui des mots ; et on sait combien l'adolescence est créatrice de nouveaux langages dans sa quête éperdue d'une identité démarquée.
Ici, c'est une chanson de gestes et de sons.
Les mots ne viennent que lorsque le corps ne peut plus dire. Ils sont " à bout de corps ".
Tantôt ils claquent, cinglent, giflent et cassent ;
tantôt ils amadouent, flattent, caressent et réparent, c'est selon.
Les mots, les quelques phrases prononcées ici sont en langue gasconne, qui fait partie de l'ensemble linguistique roman occitan, parlée autrefois sur plus
du tiers sud du territoire national.
Ne nous méprenons pas ! Ce choix n'est pas motivé par une revendication nostalgique et encore moins par esprit régionaliste.
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Pour des raisons plus affectives qu'intellectuelles (car c'est la langue maternelle du metteur en scène) elle lui a semblé plus appropriée
que le français, en cette occasion.
Car elle témoigne d'un rapport plus charnel au temps et à la matière.
Par sa phonétique plus colorée en diphtongues et triphtongues, ses accents toniques changeants, ses r roulés à la castillane, son absence de voyelles muettes et
son vocabulaire direct et imagé lui donnent des aspects plus incisifs, frondeurs, grivois, primesautiers et impertinents.
Et ainsi sont les gouyates, frondeuses, charnelles, grivoises, primesautières et impertinentes à la fois.
Merveilleuse coïncidence.
Il est important de préciser que ces bouts de texte en langue gasconne ne constituent en rien un obstacle à la compréhension de l'ensemble.
"Aujourd'hui, le travail le plus important dans l'art vivant du spectacle s'accomplit sans doute au point de rencontre entre le jeu de l'acteur et la danse"
Michaël Kirby.
Cette phrase de l'universitaire américain illustre assez bien le mode d'expression scénique utilisé ici et la distribution choisie dans ce but.
Interprètes :
Stéphanie Dorey/ Céline Dupont/ Daphné Gaspari/ Marisa Hencke/ Valerie Lansard et Zoé Puech
Mise en jeu
: François Gibut
Du 14 au 18 juin 2005.
Couvent des Minimes de saint Martin d'Hères
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